«Sans changements majeurs dans la façon dont nous produisons et utilisons l’énergie, nous serons confrontés à d’importants risques pour notre sécurité énergétique commune et pour l’avenir de l’environnement ». C’est ainsi que Nobuo Tanaka, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’est adressé aux ministres de l’Énergie de 22 économies importantes, réunis à Washington le 19 juillet 2010 dans le cadre d’une rencontre ministérielle sur l’énergie propre.
La marée noire causée par la plate-forme Deepwater Horizon de BP, dans le golfe du Mexique, nous rappelle un des risques d'une trop grande dépendance au pétrole qui nous amène à forer dans des zones de plus en plus profondes et risquées.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, créée en 1974 afin de promouvoir la sécurité énergétique et proposer des politiques énergétiques saines aux pays membres, si rien n’est fait (un scénario dit
« business as usual »), les besoins énergétiques mondiaux devraient augmenter de plus de 80 % entre 2007 et 2050. La portion prépondérante venant des énergies fossiles, les émissions de CO₂ devraient doubler d’ici 2050, passant de 28 à 57 Gt de CO₂ émis par année. Aux dires de M. Tanaka, nous faisons fausse piste, « mais nous avons le pouvoir de corriger cela si nous agissons maintenant ». [1]
« business as usual »), les besoins énergétiques mondiaux devraient augmenter de plus de 80 % entre 2007 et 2050. La portion prépondérante venant des énergies fossiles, les émissions de CO₂ devraient doubler d’ici 2050, passant de 28 à 57 Gt de CO₂ émis par année. Aux dires de M. Tanaka, nous faisons fausse piste, « mais nous avons le pouvoir de corriger cela si nous agissons maintenant ». [1]
Les trois volets d’une nouvelle politique énergétique
Une action concertée des gouvernements peut renverser la vapeur : selon l’AIE, plutôt que de doubler d’ici 2050, les émissions de CO₂ pourraient être coupées de moitié et ramenées à 14 Gt sur la même période. Ce scénario alternatif, appelé BLUE Map Scenario, permettrait de limiter la hausse globale des températures à 2° – 3°C à long terme. [2]
Mais cela ne se fera pas tout seul. Pour y arriver, les gouvernements devront rapidement mettre en place une politique énergétique touchant à trois volets.
Mais cela ne se fera pas tout seul. Pour y arriver, les gouvernements devront rapidement mettre en place une politique énergétique touchant à trois volets.
Plutôt que doubler, nos émissions de CO₂ pourraient être coupées de moitié, selon l'AIE, passant de 57 Gt prévues en 2050 (courbe supérieure du graphique - baseline emissions) à 14 Gt selon le scénario BLUE MAP.
D'abord, améliorer l'efficacité énergétique
Améliorer l’efficacité énergétique, soit réduire la consommation d'énergie requise pour chaque appareil, chaque équipement et service rendu, constitue le premier volet des mesures à adopter. Non seulement cela pourrait représenter 38 % de la réduction des émissions de CO₂ en 2050, cela permettrait des épargnes en coût d’énergie pour les consommateurs qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars selon l’AIE, sans avoir à sacrifier confort ou service obtenu, à l’exemple des réfrigérateurs d’aujourd’hui qui consomment deux tiers moins d’énergie qu’il y a trente ans tout en offrant un meilleur rendement (cliquez sur le graphique de droite).
La seule application à travers tous les États des meilleures pratiques actuelles en termes de réglementation et standards des équipements électriques servant à l'éclairage domestique, la réfrigération, les téléviseurs et les climatiseurs permettrait une réduction de consommation énergétique se traduisant par une baisse des émissions de CO₂ de plus de 900 Mt d’ici 2030, nous dit l'AIE. [3]
La seule application à travers tous les États des meilleures pratiques actuelles en termes de réglementation et standards des équipements électriques servant à l'éclairage domestique, la réfrigération, les téléviseurs et les climatiseurs permettrait une réduction de consommation énergétique se traduisant par une baisse des émissions de CO₂ de plus de 900 Mt d’ici 2030, nous dit l'AIE. [3]
Il faut de plus investir dans des projets d'efficacité énergétique afin de réduire le gaspillage d'énergie causé par une isolation déficiente et des installations inefficaces. Il faut revoir le code du bâtiment pour que toutes les nouvelles constructions soient plus écoénergétiques. Chaque année perdue voit la mise en chantier d'immeubles qui consomment inutilement trop d'énergie et ce, possiblement pour des générations à venir.
Deuxième volet: décarboniser la production d'électricité
Le deuxième volet de la politique énergétique à mettre en place par les gouvernements est essentiel à la réduction des émissions de CO₂ : il faut décarboniser le secteur de la production d’électricité.
Selon l’AIE, cela nécessitera des investissements très importants dans les énergies renouvelables, dans la capture et la séquestration de carbone ainsi que dans l’énergie nucléaire [4] (un moindre mal compte tenu du défi gigantesque auquel nous sommes confrontés, selon l’agence). Rappelons que 68 % de l’électricité produite actuellement dans le monde est générée à partir d’énergie fossile (voir à ce sujet la section En vrac, des faits et des chiffres )
Aussi, la captation et le stockage de carbone constituent une technologie clé pour l’atteinte des objectifs de réductions d’émissions de CO₂ requis pour limiter la hausse des températures à 2° – 3°C et ainsi éviter un possible dérapage climatique. La captation et le stockage de carbone (CCS pour Carbon Capture & Storage selon l'acronyme utilisé dans les graphiques en anglais) ne constitue pas la solution idéale, ni une raison de continuer à brûler autant d'énergie fossile que nous le faisons aujourd'hui. Mais il faut être réaliste: même si nous multiplions la production d'énergie renouvelable par 10 ou 20 fois, nous demeurerons encore très largement dépendant d'énergie fossile pour la production d'électricité pour encore quelques générations. En réduire l'impact sur l'environnement demeurera un incontournable nécessaire pour probablement bien des années.
Selon l’AIE, cela nécessitera des investissements très importants dans les énergies renouvelables, dans la capture et la séquestration de carbone ainsi que dans l’énergie nucléaire [4] (un moindre mal compte tenu du défi gigantesque auquel nous sommes confrontés, selon l’agence). Rappelons que 68 % de l’électricité produite actuellement dans le monde est générée à partir d’énergie fossile (voir à ce sujet la section En vrac, des faits et des chiffres )
Aussi, la captation et le stockage de carbone constituent une technologie clé pour l’atteinte des objectifs de réductions d’émissions de CO₂ requis pour limiter la hausse des températures à 2° – 3°C et ainsi éviter un possible dérapage climatique. La captation et le stockage de carbone (CCS pour Carbon Capture & Storage selon l'acronyme utilisé dans les graphiques en anglais) ne constitue pas la solution idéale, ni une raison de continuer à brûler autant d'énergie fossile que nous le faisons aujourd'hui. Mais il faut être réaliste: même si nous multiplions la production d'énergie renouvelable par 10 ou 20 fois, nous demeurerons encore très largement dépendant d'énergie fossile pour la production d'électricité pour encore quelques générations. En réduire l'impact sur l'environnement demeurera un incontournable nécessaire pour probablement bien des années.
Les pays plus riches de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique comptant 32 pays membres parmi les plus développés) doivent jouer un rôle de leadership en lançant les projets au cours de la première décennie durant laquelle les coûts seront encore très élevés pour chaque tonne séquestrée. Car, comme avec toute nouvelle technologie, il faut prendre le temps de progresser sur la courbe d'apprentissage (rappelez-vous le rapport coût/performance des premiers ordinateurs personnels dans les années 80...). Mais il faudra que cette nouvelle technologie, améliorée au fil du temps, soit rapidement disponible pour les pays en développement et qu’elle puisse être financée car à terme, en 2050, 65 % des projets devront être réalisés à l’extérieur des pays de l’OCDE, soit là où la croissance des besoins énergétiques sera la plus forte. [5]
De nombreux projets de capture et de stockage de carbone seront nécessaires, selon l'AIE, si on veut réduire les émissions de CO₂ de 50% d'ici 2050
Troisième volet, décarboniser le secteur des transports
Finalement, le troisième volet d’une politique énergétique pour le 21e siècle doit viser la décarbonisation du secteur du transport. Il s’agit d’un secteur où des actions significatives doivent être prises. Améliorer l’efficacité énergétique des véhicules automobiles et camions légers par l’adoption de normes plus sévères permettrait une réduction marquée des émissions de CO₂.
Cela est d'autant plus important que le nombre total de véhicules dans le monde va continuer d'augmenter avec le développement de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de l'ensemble des pays en développement.
Cela est d'autant plus important que le nombre total de véhicules dans le monde va continuer d'augmenter avec le développement de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de l'ensemble des pays en développement.
Dans son allocution, M. Tanaka a souligné que des progrès réels ont été accomplis à cet égard. Avec les nouvelles normes annoncées, une économie de deux millions de barils de pétrole par jour pourrait être réalisée d’ici 2020. Mais il ne faut pas s’arrêter là. L’AIE supporte l’objectif d’une réduction de 50 % du carburant utilisé par kilomètre d’ici 2030. [6]
Remarquons également que bien qu'elles constituent un pas en avant, les nouvelles normes nord-américaines annoncées en grandes pompes visent un niveau de consommation en 2016 bien supérieur à ce que les pays européens réalisaient déjà avec leur parc automobile en 2007 (voir sur le graphique suivant la ligne rosée au bas du graphique et intitulée EU). De plus, selon les normes visées pour 2016, les automobiles nord-américaines consommeront au delà de 25% de plus de carburant que les véhicules du marché européen.
Remarquons également que bien qu'elles constituent un pas en avant, les nouvelles normes nord-américaines annoncées en grandes pompes visent un niveau de consommation en 2016 bien supérieur à ce que les pays européens réalisaient déjà avec leur parc automobile en 2007 (voir sur le graphique suivant la ligne rosée au bas du graphique et intitulée EU). De plus, selon les normes visées pour 2016, les automobiles nord-américaines consommeront au delà de 25% de plus de carburant que les véhicules du marché européen.
Compte tenu de la croissance du nombre prévu de véhicules d'ici 2050 et d'un doublement de la demande énergétique si on ne fait rien (scénario "business-as-usual"), même une amélioration de 50% de l'efficacité énergétique des automobiles traditionnelles ne pourra permettre que de stabiliser les émissions de carbone au niveau actuel. Pour réaliser une réduction des émissions de CO2, il faudra vraiment encourager l'adoption de véhicules à technologie avancée par des programmes incitatifs [7], (comme un système de bonus-malus, soit un rabais de taxe sur les véhicules écoénergétiques financés par des taxes plus élevées sur les véhicules énergivores) .
Selon l’AIE, si nous pouvons atteindre un chiffre de ventes annuelles de cinq millions de véhicules électriques et d’hybrides rechargeables d’ici 2020, nous serons en bonne position pour atteindre le niveau visé dans le scénario BLUE Map; ce type de véhicules devra constituer la majorité des ventes en 2030 afin d’atteindre le chiffre d’un milliard de tels véhicules sur la route en 2050. Ceci permettrait d’économiser 15 millions de barils de pétrole par jour d’ici 2050. [8]
Il faudra également investir massivement afin d'offrir des transports collectifs de qualité au plus grand nombre et à prix attrayant.
Selon l’AIE, si nous pouvons atteindre un chiffre de ventes annuelles de cinq millions de véhicules électriques et d’hybrides rechargeables d’ici 2020, nous serons en bonne position pour atteindre le niveau visé dans le scénario BLUE Map; ce type de véhicules devra constituer la majorité des ventes en 2030 afin d’atteindre le chiffre d’un milliard de tels véhicules sur la route en 2050. Ceci permettrait d’économiser 15 millions de barils de pétrole par jour d’ici 2050. [8]
Il faudra également investir massivement afin d'offrir des transports collectifs de qualité au plus grand nombre et à prix attrayant.
Opter pour un portefeuille de sources d’énergie plus propres, c’est possible
Selon le scénario BLEU Map de l’Agence internationale de l’énergie, la demande primaire pour les énergies fossiles pourrait diminuer de 26 % d’ici 2050, plutôt que doubler. Notre dépendance face aux combustibles fossiles passerait ainsi de 81 % aujourd’hui (voir graphique suivant) à 46 % en 2050. Ainsi, la consommation mondiale de pétrole serait réduite de 27 % par rapport à la situation actuelle. [9]
Afin de réaliser l'ensemble des mesures proposées dans le scénario BLUE Map, des investissements considérables devront être faits. Tout comme les différents gouvernements l'ont fait en 2009 alors qu'ils ont alloué plus de 520 milliards de dollars US aux technologies d'énergie propre (allant de programmes pour améliorer l'efficacité énergétique des immeubles à des projets de trains à grande vitesse ou en support aux énergies renouvelables), il faudra continuer d'investir des sommes importantes. Ainsi, selon l'Agence internationale de l'énergie, les gouvernements et les entreprises privées devront investir près de 46 billions de dollars US (soit 46 000 milliards) d'ici 2050. Mais fait important, ces investissements seront plus que récupérés par des économies en combustible évaluées à 112 billions de dollars US sur la période. [10]
Afin de réaliser l'ensemble des mesures proposées dans le scénario BLUE Map, des investissements considérables devront être faits. Tout comme les différents gouvernements l'ont fait en 2009 alors qu'ils ont alloué plus de 520 milliards de dollars US aux technologies d'énergie propre (allant de programmes pour améliorer l'efficacité énergétique des immeubles à des projets de trains à grande vitesse ou en support aux énergies renouvelables), il faudra continuer d'investir des sommes importantes. Ainsi, selon l'Agence internationale de l'énergie, les gouvernements et les entreprises privées devront investir près de 46 billions de dollars US (soit 46 000 milliards) d'ici 2050. Mais fait important, ces investissements seront plus que récupérés par des économies en combustible évaluées à 112 billions de dollars US sur la période. [10]
Mais pour se faire, un autre geste doit être posé : il faut graduellement éliminer toutes les subventions aux énergies fossiles. Selon une récente étude de l’AIE, ces dernières totalisaient 557 milliards de dollars US en 2008, entraînant une surconsommation de 6,5 millions de barils de pétrole par jour ce qui se traduit par l’émission de 2,4 Gt de CO₂ de plus chaque année. [11]
A propos de l’AIE
« L’Agence internationale de l’énergie (AIE) dispense des conseils de politique énergétique à ses 28 pays membres qui s’emploient à assurer pour leurs citoyens des approvisionnements en énergie fiables, propres et à des prix abordables. Créée pendant la crise pétrolière de 1973-74, l’AIE avait pour mission dans un premier temps de coordonner les mesures à prendre en temps de crise des approvisionnements pétroliers. Au fur et à mesure que les marchés de l’énergie évoluaient, l’AIE a elle aussi changé. Son mandat s’est élargi pour prendre en considération les « trois E » qui sont à la base d’une élaboration équilibrée des politiques énergétiques : la sécurité énergétique, le développement économique et la soutenabilité environnementale. Les travaux actuels de l’Agence sont axés sur les politiques climatiques, la réforme des marchés, la coopération en matière de technologie de l’énergie et les relations avec le reste du monde, notamment avec de grands producteurs et consommateurs d’énergie tels la Chine, l’Inde, la Russie et les pays de l’OPEP. »
« Comptant sur un effectif de 220 personnes environ, pour l’essentiel des experts en énergie et des statisticiens provenant des ses 28 pays membres, l’AIE mène un vaste programme de recherche dans le domaine de l’énergie, de collecte et d’établissement de données, de publications et de diffusion auprès du public des analyses les plus récentes des politiques énergétiques et de recommandations sur les bonnes pratiques. » [12]
Sources et références
Sources: Agence internationale de l'énergie (AIE), (2010), « Achieving clean energy economies through accelerated international action », Notes de présentation faite par Nobuo Tanaka, Directeur exécutif de l'AIE à la rencontre Clean Energy Ministerial, 19 juillet 2010, Washington (disponible ici...)
[1] id. p.2
[2] id. p.3
[3] id. p.7
[4] id. p.3
[5] id. p.10
[6] id. p.8
[7] Agence internationale de l'énergie, (2010). IEA Report for the Clean Energy Ministerial, « Transforming Global Markets for Clean Energy Products, Energy Efficient Equipment, Vehicules and Solar Photovoltaics ». (Disponible ici...) p.22
[8] Agence internationale de l'énergie (AIE), (2010), « Achieving clean energy economies through accelerated international action », Notes de présentation faite par Nobuo Tanaka, Directeur exécutif de l'AIE à la rencontre Clean Energy Ministerial, 19 juillet 2010, Washington, p.8
[9] id. p.4
[10] id. p.3
[11] id. p.5
[12] Agence internationale de l'énergie, site web consulté le 2 août 2010, À propos de l'AIE
Ainsi que: IEA, Key World Energy Statistics 2009
[1] id. p.2
[2] id. p.3
[3] id. p.7
[4] id. p.3
[5] id. p.10
[6] id. p.8
[7] Agence internationale de l'énergie, (2010). IEA Report for the Clean Energy Ministerial, « Transforming Global Markets for Clean Energy Products, Energy Efficient Equipment, Vehicules and Solar Photovoltaics ». (Disponible ici...) p.22
[8] Agence internationale de l'énergie (AIE), (2010), « Achieving clean energy economies through accelerated international action », Notes de présentation faite par Nobuo Tanaka, Directeur exécutif de l'AIE à la rencontre Clean Energy Ministerial, 19 juillet 2010, Washington, p.8
[9] id. p.4
[10] id. p.3
[11] id. p.5
[12] Agence internationale de l'énergie, site web consulté le 2 août 2010, À propos de l'AIE
Ainsi que: IEA, Key World Energy Statistics 2009
Real Trepanier
Mercredi 4 Août 2010

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