La science pour élever l’aventure humaine
En ces temps
bouleversés, autant sociétaux qu’environnementaux, les réflexions sur divers
sujets majeurs comme le réchauffement climatique, le nucléaire, les OGM, et encore … animent des controverses et des
polémiques qui sclérosent toutes avancées et plus particulièrement celle de la
science. Les différents lobbies qu’ils soient industriels, matérialistes,
écologistes, politiques, s'attaquent à l’aide de chiffres et de faits parfois
prouvé scientifiquement mais souvent mal interprétés.
Pourtant la science
doit servir l’humanité notamment celle qui participe à notre aventure dans
notre échelle de connaissance. Préserver et protéger la science afin d’envisager
un avenir beaucoup plus durable ….
Outre les différents
amalgames à grands coups de désinformation et dont les antagonismes procurent
un double obscurantisme qui gèlent toutes réflexions sur les défis majeurs de
notre société et les échos scientifiques sur le climat, l’énergie, la santé
cloisonnés.
Alors que la science a
progressé et étendu ses pouvoirs, la protéger est d’autant plus important pour
amener l’histoire humaine à s’élever, ou bien au contraire peut anéantir cette
aventure par une ‘quelconque’ catastrophe scientifique…
Ainsi comme l’a
démontré Jean Staune dans son ouvrage « La science en otage » que de nombreuses
puissances antagonistes déploient les mêmes stratégies de manipulation masquant
ainsi les véritables débats scientifiques en monopolisant l’information et la
désinformation.
De nombreux débats
sont véritablement au cœur des défis, celui du réchauffement climatique
notamment, et comment ne pas prendre part à tous les éléments
scientifiques permettant de mieux comprendre notre Terre.
Il est en une de
science de base qui permet de visualiser les incidences de la forme et des
caractéristiques de la terre, la géodésie. Mesurer notre terre sur ses
propriétés fondamentales, sa forme d’une part, sa rotation dans l’espace
d’autre part et enfin son champ de gravité en étudiant les variations temporelles
de ces trois paramètres … Telle est la définition de la Géodésie …
Là ou se concentre les
grands débats notamment sur la montée du niveau de la mer dans les différentes
régions du globe, ou bien sur la déformation de la planète sous l’effet de la
dérive des continents, des phénomènes sismiques ou de la fonte des calottes
glaciaires qui questionnent autant les océanographes, les géophysiciens et les
climatologues, la géodésie offrent à ces scientifiques un système de référence
précis. Aussi quand la question sur la variabilité spatio-temporelle du niveau
moyen des mers entraine des débats sur la forme portée sur l’analyse des
satellites qui évaluent une augmentation du niveau de l’ordre de 3,4 mm par an
là alors que les marégraphes positionnés depuis plus de 100 ans enregistrent
une remontée annuelle de 1,7 mm.
La géodésie permet
donc de mesurer de façon précise les positions planimétriques et altimétriques
d’un certain nombre de points géodésiques et repères de nivellement et plus
particulièrement les orbites des satellites, à tout moment, et d’y exprimer les
paramètres des phénomènes géophysiques qui gouvernent notre planète.
Ainsi pour répondre
aux nombreuses questions soulevées par les variations temporelles des
paramètres cités au paragraphe précédent et de savoir mesurer la position d'un
point à la surface d'une Terre en constante déformation et la comparer à une
position estimée à des décennies d'intervalle, l’IGN s’est donc vu confier la
publication du repère international de référence terrestre (ITRF, International
Terrestrial Reference Frame) permettant une meilleure compréhension dynamique
de notre planète. Une référence géodésique qui rassemble et publie les
coordonnées et les vitesses moyennes de quelques 500 instruments de géodésie
spatiale – antennes GPS, balises DORIS, téléscopes LASER et antennes VLBI (Very
Long Baseline Inteferometry ; Interférométrie à très longue base).
Ainsi, Zuheir
Altamimi, expert en géodésie, qui a reçu le prix Antoine-d’Abbadie en mai 2011,
directeur de recherche à l'IGN et responsable pour l'IERS du centre de produit
du système international de référence terrestre explique : « On peut aujourd'hui déterminer la distance entre deux points
distants de 10 000 km avec une exactitude de l'ordre de 6 mm ! Mieux encore, on
peut déterminer les déplacements relatifs avec une exactitude meilleure que le
mm par an. Ainsi, Paris et Canberra se rapprochent l'une de l'autre à la
vitesse de quelques 4 cm par an. Enfin, la détermination de cette nouvelle
réalisation de l'ITRF a permis d'améliorer l'étude de son exactitude : on peut,
par exemple, non seulement mesurer la montée du niveau des mers, mais également
quantifier la confiance que l'on peut avoir dans la mesure ».
L'IGN a publié une
nouvelle estimation de ce repère dénommée ITRF 2008, laquelle s'appuie sur les
observations de géodésie spatiale effectuées jusqu'au 31 décembre 2008. Cette
nouvelle version de l'ITRF apporte des améliorations significatives par rapport
aux précédentes réalisations. En premier lieu, elle confirme l'estimation de la
position du centre des masses de la Terre telle qu'elle avait été déterminée en
2005 et qui remettait en cause les vitesses verticales estimées jusqu'alors. En
second lieu, elle améliore l'exactitude de l'échelle du repère, c’est-à-dire l'exactitude
des distances calculées à partir des coordonnées exprimées dans l'ITRF.
Les enjeux de l’ITRF
dans les applications en sciences de la Terre sont considérables. C'est la
référence pour le positionnement sur laquelle s'appuie la détermination des
orbites précises des satellites qui observent notre planète; c'est un socle
indispensable pour les scientifiques, astronomes, géophysiciens, climatologues
du monde entier qui étudient ses déformations et ses mouvements.
En effet, l’importance
d’un tel système de référence dans la mesure du niveau des océans permet de
connaître l’évolution des mers qui jouent un rôle majeur de régulateur
thermique du système climatique et donc par conséquent apporte une étude à même
de comprendre les évolutions du climat.
Le niveau des mers
varie en fonction de la masse des océans (échange d’eau avec les continents et
les calottes glacières) et de la température de l’eau et de sa salinité. L’observation actuelle de l’élévation du niveau moyen de la majeure partie
des océans (latitude comprise entre -66° et 66°) a permis de révéler de 3.4 ±
0.4 mm/an sur la période 1993 à 2007 (Beckley et al., 2007). L’altimétrie
spatiale fournit des mesures du niveau des mers depuis 1978 et la mission
Seasat (Aviso, 2011), mais les premiers résultats significatifs ont été obtenus
avec le satellite TOPEX/Poseidon lancé en 1992, suivi de Jason-1, Envisat puis
Jason-2 toujours en activité. Avant cette période, seules les données
marégraphiques permettaient une mesure précise des variations du niveau des
mers, mais elles fournissent toutefois une mesure locale et relative.
L’ITRF semble donc le
repère de référence privilégié pour toutes les applications en géosciences,
mais il est fondamental de rechercher de nouveaux moyens d’évaluation pour affiner
ces chiffres et fournir à la communauté océanographique une estimation de
l’erreur sur la définition du Repère de référence terrestre, RRT.
La marégraphie qui
enregistre les variations de la hauteur du niveau de la mer par rapport à une
référence locale attachée au socle sur lequel repose le marégraphe à la côte
constitue la seule source dʼobservations directes disponible sur plusieurs décennies, voire centaines dʼannées, qui apporte
une information précieuse pour décrire et comprendre les variations passées du
niveau des océans.
Les scientifiques du
Consortium de l’Université de la Rochelle, dont l’IGN est membre, ont évalué la
montée du niveau de la mer sur le 20ème siècle par rapport à
l’ITRF2005 à 1.6 ± 0.1 mm/an, en se basant sur un réseau de 27 stations
marégraphiques colocalisées avec GNSS.
La valeur de
l’élévation du niveau moyen des océans sur le 20ème siècle est 2 fois
inférieure à la valeur estimée par altimétrie ces 15 dernières années. Mais on
note ici que l’incertitude sur cette valeur pourrait être revue à la hausse si
l’on disposait d’une évaluation convenable de l’inexactitude d’origine et
d’échelle de l’ITRF.
Le Repère de référence
terrestre (RRT) est un acteur fondamental dans la mesure du niveau géocentrique
des mers, il permet de quantifier l’impact d’une éventuelle inexactitude de sa
définition en termes d’origine et d’échelle. Il est nécessaire au calcul
d’orbites précises de satellites, à l’étalonnage des altimètres spatiaux, à la
correction de données marégraphiques, à l’unification des références verticales
hydrographiques et terrestres.
Tout l’enjeu est de
pouvoir fournir une mesure précise de l’élévation du niveau des océans, et il
est tout aussi curieux qu’une grandeur aussi fondamentale que celle-ci reste
négligée, surtout dans un contexte actuel et notamment avec les conférences
internationales sur le changement climatique et des efforts engagés.

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